Books, catalogs, DVD Jansem - Extracts

Ballerines

Jansem – dessins 1968 – 2007, texte de Lydia Harambourg, critique et historienne d’art.
Editions Reflets des arts, 2008.
50 €

Le livre est disponible à la Galerie Matignon ou sur commande.

Extraits du texte de Lydia Harambourg :

« L’œuvre de Jansem emprunte maints cheminements de l’œil et de l’esprit auxquels sa main répond, alerte, volontaire, intuitive et savante, soumise à ce que Paul Valéry a appelé l’élément instantané du souvenir. Tant il a été démontré, qu’entre le regard qui happe les formes et la main qui les circonscrit se glisse imperceptiblement le souvenir, dont l’empreinte sur le papier aura sa propre vérité. Entre ce court instant, à peine comptable, où l’œil enregistre et transpose l’image en recourant à une main en état quasi médiumnique, s’opère une action à laquelle on pourrait donner le terme de ravissement, au sens où l’artiste, tel Prométhée dérobant le feu, ravit, dérobe pour s’emparer et arrêter le présent appelé à disparaître dans un mouvement de perpétuelle renaissance. Chaque regard est unique, chaque geste est violeur dans sa tentative d’appropriation d’une vision fugitive pour conjurer l’éternité. Conséquemment, chaque dessin identifie son interprète. Pour Jansem, le dessin précède la peinture. L’écriture recèle une potentialité vitale apte à embrasser un réel qui ne cesse de nourrir son art depuis ses jeunes années d’apprentissage à l’Ecole des Arts décoratifs.

Voilà plus de soixante ans que dessiner pour Jansem est un exercice quotidien. Dessiner dans la ferveur, dans l’urgence, tout ce qui l’entoure afin de constituer un répertoire figural dessiné, est un acte précis, identitaire, à l’unisson de son énergie inexpugnable. Une aventure qui reste exaltante pour celui qui remet chaque jour sur le métier, face au piège tendu par des figures, des lieux, un décor, des formes et des couleurs, qu’il veut restitue dans leur vraie nature, celle qui allie réalité et transcription dans un perpétuel échange entre la vie et l’illusion.

Dessiner. Danser.

Quelle stupéfiante résonance dans la double pratique d’un art qui pour le premier, ne peut se passer du réel et pour le second, exige une constante interrogation du corps. L’un et l’autre revendiquent leur instrument au service de leur expression sensible. Pour les deux, il s’agit d’un entraînement vital porté par le désir d’atteindre la vérité de la forme et celle de la beauté. Deux activités concomitantes dans leur attente partagée d’une perfectibilité dont la règle, insigne, exige la connaissance d’un métier accompli. Nous jugeons bien de son rôle joué dans la maîtrise, respectivement dominée par le dessinateur et par la danseuse. Chez Jansem, qui revendique le sujet comme le premier devoir incombant au peintre, la réalité sanctionne chaque regard, chaque geste, pour perpétrer une image qui agit comme révélateur de soi. Avec les années, le monde de Jansem a été investi d’une vérité qui s’incarne pleinement à travers son langage plastique, et conséquemment par son style. L’évidence de son réalisme est indissociable de sa relation avec le modèle, quel qu’il soit, et ne s’explique que par l’efficacité formelle et expressive, qu’il sous-tend. Son appétence de vie a toujours imposé à Jansem la figure humaine pour un face à face qui n’était pas pour intimider celui qui avait délibérément choisi l’engagement irréversible de sa vocation, enracinée dans la permanence de l’humanité.»